Service sanitaire pendant l’Insurrection de Varsovie

Ochota

          Le district IV de Ochota abritait le sud-ouest de la ville. Il avoisinait les régions de Mokotów, Śródmieście et Wola. Le fait, pour les insurgés, de maitriser Ochota pouvait être défavorable pour les Allemands, puisque cela aurait pu bloquer l’accès aux voies de communication partant du coté sud et sud-ouest jusqu’au centre de la ville ainsi que l’accès aux ponts sur la Vistule. De plus, cela aurait pu rendre plus difficile la communication avec les troupes du front qui se trouvaient sur la rive droite de la Vistule.
          Différents bâtiments allemands fortifiés, entourés de bois, se trouvaient dans le quartier Ochota, tels que des casernes de leur police dans La Maison d’Étudiants sur la place de Narutowicz, des casernes de la SS dans le bâtiment de la Direction des Forêts Domaniales 56 rue Wawelska, des casernes de la SS 8 rue Tarczyńska et autres.
          Les troupes des insurgés, sous le commandement du colonel „Grzymała”, étaient faiblement armées. Même si le registre comptait 1 800 soldats et officiers de troupes de ligne, seulement 50-60% s’étaient présentés à l’endroit désigné pour le rassemblement. Les offensives des insurgés, commencées le 1er septembre à 17 heures, ont échoué suite à leur décimation par les troupes attaquantes. Malgré la bravoure et l’audace, les insurgés ne sont pas parvenus à reprendre les objectifs visés. C’est pourquoi le commandant a ressemblé les troupes dispersées au quadrangle des rues Asnyk, Niemcewicz, Grójecka et Filtrowa afin de préparer la défense. Après une réunion d’information, la décision a été prise d’amener les soldats survivants dans les Forêts Chojnowskie et Sękocińskie dans le but de les armer et d’entreprendre des actions de l’extérieur.
          La nuit du 1er septembre, un peloton de 500 personnes s’est mis en route 7/9 rue Niemcewicza. Un groupe de 50 soldats, bien armés, a été suivi d’une partie d’un autre groupe complètement désarmé. Trois troupes sont restées dans le quartier Ochota, aucun ordre de rassemblement et de départ ne leur étant pas parvenu.
          Le peloton a atteint la région de Reguły où les civils, les blessés et une partie des femmes ont dû se disperser sur ordre. L’autre partie du groupe s’est orientée vers la propriété Pęcice. À cet endroit, un combat inégal a eu lieu, en effet 91 personnes ont été assassinées, dont 60 exécutées. 300 personnes, ayant survécu le pogrom, ont atteint les Forêts Chojnowskie, d’où, la nuit du 19 septembre, après avoir été armés, ils se sont dirigés vers Varsovie en traversant le quartier Wilanów.
          Les insurgés restés à Ochota ont crée 2 points de résistance: le premier, appelé Reduta Kaliska, dans le quadrangle des rues Kaliska, Joteyki, Białobrzeska et Kopińska ; le second, appelé Reduta Wawelska, dans un ensemble de maisons situées rues Wawelska, Pługa, Mianowskiego et Uniwersytecka.
          Reduta Kaliska s’est défendue jusqu’au 9 septembre en repoussant les invasions de l’ennemi prédominant, notamment les divisions nommées RONA (les renégats russes sous le commandement de Brigadeführera SS Bronisław Kamiński), connues pour leur exceptionnelle cruauté. Au cours des combats, les insurgés ont détruit un char allemand. La nuit du 9 septembre, après avoir épuisé leur armement, les insurgés ont quitté Ochota, profitant des espaces libres à l’intérieur des divisions RONA, pour s’orienter vers les Forêts Sękocińskie et Chojnowskie.
          Reduta Wawelska s’est défendue aussi efficacement que Reduta Kaliska. Les insurgés ont réussi également à détruire un char allemand. Après la chute de Reduta Kaliska, les Allemands ont dirigé toutes leurs forces sur le dernier endroit de résistance à Ochota. Le 11 septembre, ils prévoyaient de donner l’assaut final. Entre temps, les insurgés ont découvert une voie d’évacuation par les égouts en direction de Śródmieście et Kolonia Staszica et l’après-midi du 11 septembre, leur évacuation a débuté. 80 soldats sont passés par les égouts ; la plupart est parvenue à Śródmieście, dans la région où stationnait le bataillon „Golski”.
          À Reduta Kaliska, dans le Laboratoire des Produits Pharmaceutiques de Nasierowski situé 9 rue Kaliska, se trouvait un important poste médical, et dans les bâtiments 5 rue Barska, 45 rue Grójecka des blessés pouvaient y être accueillis. Ce poste médical a été équipé de quelques lits et un personnel soignant permanent y a été transféré. Le 2 septembre, un hôpital de campagne a été créé 1 rue Kaliska, dans l’usine de tabac (Fabryka Wyrobów Tytoniowych Państwowego Monopolu Tytoniowego). Cet hôpital, tarabusté par des bombardements fréquents, s’est retrouvé au centre des combats. La nuit du 7 septembre, il a été transféré dans des appartements privés 6 et 8 rue Joteyki. 50 blessés y ont été installés. Le 8 septembre, lors d’un tir d’artillerie sur la redoute, un projectile a explosé 9 rue Kaliska, près du bâtiment. Les dégâts étaient très importants et les blessés ont été transférés le soir même, du laboratoire de Nasierowski, dans une villa édifiée sur plusieurs niveaux appartenant aux frères Sokołowscy située 5 rue Joteyki, ainsi que dans d’autres propriétés se trouvant même rue, aux numéros : 2, 4, 6, 7.
          Après la chute de Reduta Kaliska, la villa située 5 rue Joteyki dans laquelle avaient été transférés des blessés graves, a été incendiée. Des dizaines de personnes ont péri dans les flammes. Les blessés légers et les aides soignantes de Reduta Kaliska se sont retrouvés à Pruszków.
          Le poste sanitaire de Reduta Wawelska se trouvait dans les caves de l’immeuble 60 rue Wawelska, ayant son entrée par la rue Pługa. Un dispensaire ainsi qu’une salle d’opération y ont été rapidement installés. 30 lits ont été déployés dans les couloirs, transformant ce poste sanitaire en hôpital. La pharmacie de Marcinkowski, située rue Uniwersytecka, ainsi que le Dispensaire de la Sécurité Sociale, situé rue Wawelska, fournissaient les matériaux de pansement et les médicaments. L’hôpital est resté en activité jusqu’au 11 septembre. Une partie des blessés légers a été évacuée par les égouts. 14 aides soignantes et 3 femmes médecins sont restées sur place afin de s’occuper de 20 blessés graves. Malgré le drapeau blanc hissé, les bâtiments étaient toujours bombardés. Au crépuscule, les soldats des équipes RONA ont pénétré la rue Wawelska et assassiné 80 personnes, des blessés légers et graves.
          Le prêtre, dr Jan Salamucha, aumônier du district de Ochota, a été exécuté le premier, lorsqu’il est sorti, vêtu de sa soutane, afin de rencontrer les militaires RONA. Les survivants ont été conduits dans un camp transitoire à Zieleniak. Teresa Kodelska, une scoute et aide soignante de 15 ans, s’occupant d’un groupe de huit blessés, a survécu en se cachant 16 rue Wawelska jusqu’à la capitulation de l’Insurrection.
          Un autre poste sanitaire se trouvait à Ochota. Il a été localisé dans une propriété privée 1 rue Langiewicza dans le quartier Staszic. Des postes supplémentaires ont été créés au 13 de la même rue et rue Jesionowa. Ce terrain, affilié stratégiquement au district I de Śródmieście, était défendu par les bataillons „Golski” et „Odwet II”. Le soir du 1er septembre, les postes sanitaires ont été aussitôt emplis de blessés. Celui du 5 rue Langiewicz s’est transformé en hôpital, les blessés étaient allongés dans la cave et à l’étage, sur les civières et sur le sol. Le sérum physiologique manquait ; c’est ainsi qu’il a été fabriqué en dissolvant 4,5 g de sel dans 500 g d’eau, puis bouilli, il pouvait être injecté aux blessés par voie intraveineuse à l’aide de seringues. Ensuite, le liquide était administré aux blessés en gouttes par voie orale. Le poste situé 5 rue Langiewicz a existé jusqu’au 4 septembre. À cette date, les blessés ont été transférés aux 4 et 11 rue Langiewicz ainsi qu’au 13 rue Jesionowa.
          Le 11 septembre, veille de l’expulsion de civils de leur quartier, -expulsion annoncée auparavant par les allemands-, deux aides infirmières en blouses blanches, revêtues de brassards de la Croix Rouge, sont allées rencontrer le commandant allemand, pour l’informer qu’elles soignaient des civils et exiger leur protection contre les soldats RONA, très violents, ainsi que leur aide pour transporter les blessés à l’hôpital. Leur attitude courageuse a convaincu les soldats allemands qui ont aidé à transporter les blessés graves sur les civières à l’hôpital Enfant-Jésus et à l’hôpital situé à l’École d’Infirmières de Varsovie. Les infirmières ont fait évacuer les personnes blessées légers parmi les civils. L’infirmière, Wanda Kwiatkowska, pseudonyme „Orłowska”, accompagnée des derniers civils, a quitté cet endroit le 23 septembre, elle a sauvé un soldat de « Odwet » blessé à la jambe en l’emmenant avec elle.
          Un établissement hospitalier permanent dénommé Institut du Radium Marie-Curie Skłodowska se trouvait également à Ochota, rue Wawelska. Dans les premières heures de l’insurrection, il a accueilli et soigné plusieurs blessés. Le soir du 1er septembre, les Allemands ont pénétré à l’institut, en bannissant une partie du personnel. Une autre partie du personnel est restée avec les malades et blessés. Des civils et des fugitifs se sont également trouvés à cet hôpital où un relatif calme régnait jusqu’au 5 septembre.
          Le matin du 5 septembre, l’hôpital a été occupé par un important groupe de soldats RONA. Le pillage a commencé, quelques personnes ont été tuées. Toutes les personnes rencontrées ont été chassées à Zieleniak. Les soldats RONA ont vidé toute la réserve de l’hôpital, se soulant avec de l’alcool à 90°, et ensuite, en état d’ivresse, ont violé plusieurs femmes, n’épargnant même pas celles qui étaient blessées gravement. Le jour même dans l’après-midi, tous les médecins et une partie des infirmières ont été chassées. 90 personnes malades et 8 infirmières sont restées à l’hôpital en se cachant dans la chaufferie. Plus tard, le bâtiment a été brulé. Les Soldats RONA ont exécutés 30 personnes qui essayaient de s’échapper.
          Un autre groupe de personnes a survécu jusqu’au 19 septembre, jour où les soldats RONA ont découvert leur existence. Ce groupe a été conduit dans la cour intérieure où 3 femmes gravement malades ont été assassinées. Le personnel et les malades, qui se trouvaient à l’hôpital occupé, ont été chassés à Zieleniak. Trois infirmières ont été isolées. Tous les malades ont été exécutés et leurs corps ont été disposés en pile puis, brulés.

          60 000 personnes se sont dirigées à Pruszków en passant par Zieleniak. Le groupe de médecins et d’infirmières qui se trouvaient parmi la foule chassée, a tenté d’apporter son aide. Un poste de la Croix Rouge Polonaise (PCK – Polski Czerwony Krzyż) a été créé dans un petit abri sordide aménagé en infirmerie. Des planches et de la paille ont servi à élaborer les couchettes de façon primitive. Malgré l’interdiction explicite des Allemands, des personnes blessés et malades y ont été recueillies afin de leur venir en aide.
          Le nombre des personnes assassinées reste indéterminé. Le martyr subi par les habitants de Ochota et par le personnel du service de santé œuvrant dans ce quartier, n’a pas été un cas isolé durant l’Insurrection. Les autres quartiers ont subi le même sort. La stratégie de mener la lutte a été élaborée et réalisée délibérément et consciemment, afin de briser l’esprit combatif des habitants de Varsovie et d’entraîner la plus grande destruction biologique. Sur ce plan, une directive distincte avait été émise par Hitler et Himmler.

rédaction : Maciej Janaszek-Seydlitz

traduction : Jolanta Komsta

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